On trouve régulièrement les termes « yoga » et « āyurveda » accolés, comme si l'un n'allait pas sans l'autre. Issus du même socle védique, ils n'en ont pas moins suivi des chemins différents : l'un comme science de la vie et de la santé, l'autre comme voie de libération spirituelle. Leur mariage est en réalité une rencontre tardive et choisie, et c'est justement ce que ce numéro d'été prend le temps d'explorer.
Une question traverse tout le dossier : quelle place le corps et la santé occupent-ils réellement dans les pratiques yogiques ? La réponse est loin d'être univoque. Selon les traditions, les époques et les maîtres, le corps a été tour à tour célébré, maltraité ou tout simplement ignoré. C'est dans cet espace, entre le corps comme obstacle et le corps comme temple de l'ātman, que l'āyurveda trouve sa pertinence pour le pratiquant.

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Le dossier yoga et āyurveda

Dans Guṇa et doṣa : de l'équilibre cosmique à la pratique thérapeutique (p. 4), Rita Oosterbeek distingue les qualités constitutives de la réalité (sattva, rajas, tamas) de leur forme déséquilibrée, les doṣa mentaux, et explique les implications concrètes de cette distinction. La version texte résumée est disponible dans ce numéro, l'interview complète, beaucoup plus spontanée (amis moins structurée, c'est le revers de la médaille !) est disponible pour tous par ici.

Science de la vie, vie des mots (p. 9), par Dîpa, remonte aux racines indo-européennes des mots āyus, veda et deva, et fait résonner le sanskrit avec le grec et le latin pour montrer combien voir, savoir et lumière s'y répondent. Une sacrée performance que de rendre l'étymologie si savoureuse !

Dans Adapter la pratique du yoga aux doshas (p. 12), Virginie Pierrepont partage, forte de quinze années de pratique clinique, une manière d'ajuster postures, souffle et rythme non à une constitution figée mais à l'état du moment.

Avec Sommes-nous responsables de notre santé ? (p. 16), Samantha Soreil interroge la place (étonnamment discrète) de la santé parmi les buts de l'existence (purushartha), et ce que cela dit de notre rapport occidental au corps.

Philip Rigo, dans Les outils du yoga comme remède ayurvédique (p. 20), part de la lignée de Krishnamacharya pour montrer comment, là où les remèdes et l'alimentation ayurvédiques sont peu accessibles en Occident, les outils du yoga eux-mêmes peuvent prendre le relais thérapeutique.

Enfin, De quelques soins domestiques et conjugaux (p. 24), par Marguerite Aflallo, referme le dossier par un détour inattendu dans l'Ananga Ranga, ce traité du XVIᵉ siècle où les prescriptions « médicales » caricaturent l'āyurveda et révèlent une tout autre facette de la civilisation indienne ! Un article un brin provocateur qui séduira inévitablement le lecteur qui a le sens de l'humour et qui n'est pas trop prude !

Les articles hors dossier

Le rendez-vous habituel que beaucoup d'entre vous attendent, d'asana à samadhi, nous amène sur les traces de Kākabhuśuṇḍi (p. 28) avec Janita. Dans cette histoire, elle retrace l'étonnant destin de ce sage né shudra devenu corbeau, à travers les cycles des yuga.

La noix et les deux garçons (p. 30), par Charlotte Cruz, est un joli conte tibétain qui traite de la dispute, du partage et de la vraie nature du trésor !

Michel Chauvet signe Līlā, le jeu divin selon Gorakṣanātha (p. 32), une plongée dans la lignée des nātha et une véritable ode à la sublime Maya.

Mathieu, dans Réveillons-nous ! (p. 36), part d'une drôle de constatation au sujet de la Bhagavad-Gītā et de Śrī Aurobindo...

Maud Tixier explore un terrain original avec L'amélioration des performances en apnée grâce au haṭha yoga (p. 38), autour du prāṇāyāma et des interactions entre pratique du yoga et pratique de l'apnée.

Le numéro s'accompagne de ses rubriques habituelles : De-ci de-là (p. 27 et 37), Nous avons lu (p. 44) et les Annonces (p. 45).

Retrouvez l'intégralité de ces articles dans la revue Infos Yoga n°158 !