« Le souffle des dieux »

« Le souffle des dieux »

« Le souffle des dieux »

« Tout de même, quel beau titre pour ce documentaire consacré au yoga

Un peu réticente pour y aller (qu’est-ce que cela va m’apporter de plus ? Attend-on une reconnaissance cinématographique du bien-fondé de notre chemin?) mais tout de même curieuse, me voilà partie pour une séance de début d’après-midi, pensant en être l’unique spectatrice.
Et je me retrouve dans une salle pleine à craquer de profs de yoga et de pratiquants (et oui cela se voit, il y a une « yoga touch »).

Une heure et demie plus tard, nous sortons après avoir vu un film centré uniquement sur les écoles de yoga de Pattabhi Jois (1), de BKS Iyengar et de leur maître commun Krishnamacharya.
Nous avons visionné de vieux films familiaux des années 30 où l’on voit les deux fillettes de Krishnamacharya dans leur gym-yoga quotidienne. D’autres documents de la même époque nous présentent une « démonstration » de yoga avec force postures complexes, martialement exécutées comme aux Jeux Olympiques, devant le mahârâja, sa famille et quelques invités triés sur le volet.
Dans les séquences contemporaines nous voyons le fonctionnement de l’école de Pattabhi Jois où nous sommes, là encore, dans le martial, tout le monde bien aligné et « une, deux » en cadence, tous comme un seul homme au même rythme respiratoire. On sent que personne n’a intérêt ni à broncher ni à poser des questions ni même à avoir envie de le faire.
Dans l’école de Iyengar, celui-ci nous raconte que Krishnamacharya y allait à la gifle, d’où une rancoeur toujours vive, malgré les années, et une construction toute personnelle faite d’appareillages divers (cordes, sangles, briques, chaises…), une pratique qui a besoin de béquilles pour exister.
Un des fils de Krishnamacharya, Shrîbhâshyam, nous promène dans les rues de la ville en devisant plaisamment, mais on ne nous montre pas sa pratique. Tout en ayant un petit air de Martin Scorsese, il a l’avantage de paraître très simple et d’être libre de tous les colifichets et bimbeloterie qui couvrent Pattabhi Jois, ainsi que de l’auto glorification statufiée du « maître » du Centre Iyengar.
L’absence d’un autre fils de Krishnamacharya, Deshikachar, transmetteur de ce qu’on appelle « l’école de Madras », même en citation, est pour le moins surprenante.

Le propos du film semble être de chercher l’origine des âsanas (le sous-titreur a mis systématiquement ce mot au féminin alors qu’il est du genre masculin!), mais, bien qu’on laisserait quand-même sous-entendre que le yoga est né avec Krishnamacharya, ce propos se perd en route. Il y a aussi quelques âneries doctement énoncées : la posture « shirshâsana » serait née dans le Râmâyana, inventée par un personnage qui pensait qu’en se mettant sur la tête il comprendrait Râma (sans commentaire !), et quelques autres que j’ai oubliées.

Alors, que retenir de ce film, à part qu’aucun non pratiquant n’aura envie de s’y mettre ?

  • Une jolie musique. Une bonne leçon de Iyengar pour s’installer dans le fameux « shirshâsana ».
  • De vieux documents cinématographiques toujours émouvants à voir. Le fait qu’en yoga ça ne rigole pas. Et qu’à la question « que signifie pratiquer le yoga ? » la réponse n’aille pas plus loin que « être fort, attentif et concentré ».
  • Il n’y a aucune réflexion, ni de la part du metteur en scène ni de la part des « grands » maîtres, ni de quiconque sur un possible chemin intérieur évolutif. Rien sur la beauté et la force de toutes ces transmissions anonymes d’âge en âge. Rien sur ces multiples approches qui ouvrent des portes secrètes en faisant prendre conscience qu’il y a des portes à ouvrir dans cette forteresse que nous sommes tous.

Alors, comme l’a si bien dit une de mes amies, hélas, ce « Souffle des dieux » manque vraiment de souffle. »

Marguerite Aflallo

notes : (1) Pattabhi Jois est le créateur de l’ « ashtanga yoga » et est à l’origine du « power yoga »

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