La volupté de la respiration

La volupté de la respiration

par Mathieu

La pratique du yoga nous renvoie à une vérité stupéfiante : nous sommes pleinement vivants. Même si nous avons tendance à oublier ce mystère, nous vivons et cette vie, en nous, est fragile. Nous devons, pour la maintenir, satisfaire un certain nombre de besoins, dits justement vitaux ou physiologiques : boire, dormir, manger, éliminer, respirer, faire l’amour, se reproduire, etc.
Le yoga, et particulièrement le kurma yoga, s’est intéressé à l’un de ces besoins : la respiration. Voici quelques réflexions, parmi bien d’autres, à son propos.

 

Le kurma yoga compare la respiration à une corde, une corde fragile et sacrée qui nous unit, sens étymologique du mot « yoga ». Cette corde relie notre monde intérieur à l’univers extérieur, elle relie tous les êtres qui respirent, elle unit les cinq enveloppes de notre corps, elle est notre lien sacré à la vie. Elle est, à la fois, l’instrument et la nécessité de cette vie. Nous sommes reliés par cette corde comme un navire est relié à la terre ferme. Cette corde est capable de se tendre, de s’étirer, de se rétrécir, elle sait s’adapter à toute situation, à toute émotion, mais nous savons qu’elle finira par se rompre, le jour où le navire larguera les amarres.
Les textes de kurma yoga soulignent que la satisfaction de nos différents besoins vitaux est liée au plaisir, ce plaisir qui inclut l’orgasme semble garantir la propagation et le prolongement de cette vie. Nous avons tous expérimenté ces différents plaisirs comme celui de manger, de boire ou de dormir, certains de ces plaisirs sont intenses et ils savent nous sortir de notre petit moi.
La gastronomie, l’œnologie ou l’érotisme tentent d’accroître ces plaisirs.
De tous nos besoins vitaux, la respiration est le plus urgent. Nous pouvons cesser de boire ou de dormir durant plusieurs jours, ne pas manger durant plusieurs semaines, mais il est impossible d’arrêter de respirer plus de quelques minutes, sans prendre de gros risques. Le record d’apnée statique, détenu par le français Stéphane Mifsud, est de 11 minutes et 35 secondes. Mais pour le commun des mortels, quelques minutes sans respirer peuvent s’avérer fatales.
Curieusement, même si la respiration n’est pas désagréable, elle n’a rien d’orgasmique. Pourquoi si la respiration est un besoin aussi urgent, le plaisir que l’on y prend n’est-il pas plus intense ? Respirer devrait être une pure béatitude, mais l’anxiété expiratoire annule en grande partie cette béatitude. En effet l’expiration reste une phase compliquée, nous n’aimons pas donner, nous préférons prendre. Nous préférons inspirer qu’expirer. Certaines formes d’asthme symbolisent bien cette peur de l’expiration, le malade tente inconsciemment d’inspirer sans expirer et du coup risque de s’en étouffer. L’angoisse liée à l’expiration vient de notre peur du vide, de notre peur de perdre ce que nous avons de plus précieux, l’air et donc la vie.
Rien que le mot “expirer” est déjà inquiétant, lorsque nous expirons, nous ne sommes jamais tout à fait certains de pouvoir ré inspirer ensuite.
Le kurma yoga propose une série d’exercices, sur l’expiration, permettant d’atténuer cette angoisse et progressivement de l’estomper. Le moment expiratoire devient alors un pur instant de vie, de souplesse, de force et de stabilité. Alors la respiration tout entière devient pure volupté.

Exercice respiratoire
Observez votre respiration (le corps allongé ou assis). Repérez les successions d’inspirations et d’expirations. Allongez votre souffle agréablement. Après quelques va-et-vient introduisez un troisième temps respiratoire Antara Kumbhaka, une attente poumon plein que vous pratiquez le plus confortablement possible.
Cette attente poumons pleins consiste à repérer le désir expiratoire, ce désir arrive bien avant la nécessité expiratoire. Dès que ce désir se manifeste, laissez l’expiration s’effectuer d’elle même, mais tant que ce désir n’est pas là, attendre, sans tenter la moindre compétition. Faire de cette attente un temps de paix.